dimanche 18 janvier 2015

Avis spectacle - Pulverfass Cabaret Club à Hamburg (Reeperbahn)

Avant d'atteindre l'entrée du Pulverfass Cabaret il faut prendre le U-bahn 3 jusqu'à la station St Pauli, remonter les marches et se faire aveugler par la prodigalité des néons des enseignes pour adultes. Le long des échoppes, point de locaux, que des touristes. Les Hambourgeois n'ont aucune raison de venir dans une rue qu'ils ont l'occasion de fréquenter sans se mélanger aux étrangers. La Reeperbahn est présentée comme le Pigalle à l'Allemande. Les points communs sont faciles à trouver mais pour vivre à Paris, je peux vous dire que Pigalle est bien plus glauque. Ici, point de racolage du type : ''Tu aimes les chattes fraîches et poilues ?''. Histoire vraie. Pour les amateurs de ce type d'échange, l'endroit de leurs rêves s'appelle Herbertstrasse, dans le quartier de St Pauli, toujours lui. Il s'agit d'une rue interdite aux femmes et aux mineurs. Elle est fermée par des barrières pour éviter les regards trop curieux. Cette rue est née du temps des SS. Ils ont tenté de tout fermer mais n'ont pas réussi à éradiquer cet endroit. Le compromis : l'encadrer.

Après une petite dizaine de minutes de marche à braver le vent et la pluie, deux éléments météorologiques fréquents dans la ville du Hamburg HSV, vous arrivez au Pulverfass Cabaret. Vu de l'extérieur, l'endroit ressemble à un restaurant normal. Et dès que vous ouvrez les portes, le ton est donné, vous êtes accueilli par une dame qui ressemble fortement à un homme. Normal, c'est le projet. C'est un club de travestis. Tous les soirs, se tient le seul spectacle composé de travestis d'Europe.


Après avoir déposé nos affaires, nous suivons l'ouvreuse jusqu'à une vaste salle où sont dispersées les tables. La lumière est tamisée, l'ambiance feutrée et le public parsemé, séance de 22h30 oblige. Après avoir commandé à boire nous attendons le début de la représentation qui s'annonce haute en couleurs. Le spectacle ressemble à un cabaret classique, des personnes chantent, parfois en play-back, parfois pour de vrai, comme cette Philippine d'une cinquantaine d'années dont les organes vocaux n'ont rien à envier aux meilleurs chanteuses de la planète. Parmi les numéros les plus marquants, on retiendra ce travesti aux traits très féminins qui a laissé planer le doute sur son sexe jusqu'à la fin. Et, après quelques recherches, je suis tombé sur son compte Instagram.


Une photo publiée par Andressa Piovani (@fraupiovani) le

Un homme s'est glissé parmi la pléthore de travestis et sa particularité n'était pas ses talents de chanteur mais son organe génital très imposant. Pendant cinq minutes, il s'est déhanché avec une serviette pour le cacher et toute la salle était interloquée sur la taille de l'engin jusqu'à ce qu'il le révèle brièvement. Gaëlle a comparé l'objet à un "bras d'enfant". A défaut d'être indispensable, ce numéro était assez marrant.


Nous sommes allés au Pulverfass Cabaret de Hamburg le soir de mon anniversaire. Je tenais à marquer ce jour par une forme d'acte militant. L'idée était de supporter une cause et des personnes encore trop marginales en 2015. En regardant le cabaret, outre les chansons, je voyais des hommes qui ont certainement dû cacher leur volonté de s'habiller en femme pendant longtemps. Des hommes qui ont dû faire semblant, d'être de vrais mâles bien poilus, bien virils. Et puis un jour, ils ont trouvé un endroit où ils pourraient être eux-mêmes, tout simplement. Et j'ai trouvé cela très émouvant, très touchant. C'est d'ailleurs l'histoire de la série Transparent dont je vous parle sur le blog. Dans la vie, c'est important d'être qui on est au fond de son âme et de faire ce qu'on veut sans se soucier de l'avis des autres. A mon humble avis, j'estime que tout le monde aspire à cela mais peu osent vraiment à cause des autres. Cette masse inquantifiable qui altère les comportements et produit une norme sociétale. Certains ont envie mais alors qu'ils s'apprêtent à sauter le pas, pensent aux autres, à ce qu'ils vont dire et du coup rentrent dans le rang. Très tôt, en cinquième, j'ai compris que je n'avais pas envie de faire / penser comme la majorité. Je voulais tout remettre en question. Et après une quinzaine d'années, je peux vous affirmer que j'y suis parvenu. Jamais, je n'ai altéré ma façon de penser ou de vivre vis-à-vis de l'avis des autres. Je me fais mon propre avis sans, nécessairement, suivre celui de la majorité. 


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