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mercredi 19 avril 2023

Avis lecture - Mon nom est Personne d'Alexander Moritz Frey

 J'ai acheté ce livre chez Myriagone à Angers en même temps qu'Anotské dont je vous ai déjà parlé sur mon blog


De quoi ça parle ? 
Un mystérieux inconnu, qui se fait appeler Solneman, se présente un beau matin devant le bourgmestre d'une petite ville et lui propose d'acheter, pour une somme fabuleuse, le parc municipal. Il pose toutefois une condition : ne voulant être dérangé par personne et souhaitant vivre à l'abri des regards, il fera construire tout autour du parc une immense muraille de trente mètres de haut. Après quelques hésitations, l'accord est conclu et l'étranger s'installe dans son parc. Bien vite, pourtant, Solneman devient l'objet de toutes les discussions. Que se passe-t-il de l'autre côté de cette maudite muraille ? A quelles activités certainement contraires à l'ordre et aux bonnes moeurs s'adonne-t-il ? Pourquoi cache-t-il toujours son visage derrière un masque ? Et pour qui se prend-il, cet excentrique, à vouloir vivre ainsi, coupé du monde ? En voilà une attitude intolérable ! Rongés par la curiosité, les citoyens de la ville vont tout mettre en oeuvre pour découvrir ce qui se trame derrière le mur érigé par cet insupportable étranger. Ironique et plein de fantaisie, ce roman publié en 1914 n'a rien perdu de son mordant.


Mon avis
Je n'ai pas hésité avant d'acheter ce livre. La présentation m'a fait sourire d'avance et je n'ai pas été déçu. Pendant tout le livre, on voit les habitants de la ville devenir devenir fous à cause de Solneman. Ils n'ont plus qu'un seul objectif : découvrir ce qu'il fait dans son enceinte. C'est impossible pour eux de le laisser vivre sa vie tranquillement. C'est absurde et agréable à lire. Je regrette seulement que la fin tire un peu en longueur. Cependant, globalement, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire Mon nom est personne d'Alexander Moritez Frey. 


Infos
Le livre est dispo chez La dernière goutte

À lire aussi

mercredi 15 février 2023

Avis lecture - Anostké de Christophe Ségas

Je cherchais une librairie indépendante à Angers et j'ai découvert Myriagone. La particularité des librairies indépendantes c'est qu'on y trouve des livres qu'il n'y a pas forcément dans les librairies grand public. Il y a une sélection qui n'est pas forcément guidée par la popularité des auteurs et des autrices mais plus par les idées. Ce sont des endroits importants. Des espèces de contre-pouvoirs. C'est par exemple dans une librairie indépendante située à Saint-Denis (93) que je me suis fait dédicacer mes livres par Virginie Despentes. Après, il y a aussi une réalité économique qui touche les librairies indépendantes. Si elles se contentaient de proposer des livres écrits par des inconnus, elles pourraient s'exposer à une faillite rapide. Du coup, la réalité c'est que sur les ilots centraux, on peut retrouver des maisons d'éditions très connues et des écrivains et des écrivaines célèbres. Pas plus tard que la semaine dernière, j'ai vu le livre du Prince Harry en vitrine d'une librairie pourtant ouvertement militante. La stratégie c'est d'attirer le chaland avec des gens connus et quand ils font un tour, ils peuvent tomber sur Le syndrome du patron de gauche par exemple. 

Ce n'est pas exactement la stratégie de Myriagone. Cette librairie indépendante angevine est plus radicale dans son approche. Dans l'espace principal, il n'y a que des oeuvres de petites maisons d'éditions. Surtout, il y a un choix plutôt restreint. Je ne sais plus où j'ai lu ça mais en gros, il est expliqué qu'ils effectuent une sélection qui correspond 100% à ce qu'ils aiment. Pas de livre populaires ou qui vont faire vendre. Je trouve ça plutôt stylé. C'est le cas du livre qui est l'objet de cet article Anostké de Christophe Ségas (Éditions du chemin de fer). Au tout début, c'est écrit que le livre a été tiré à 1 000 exemplaires. Je ne suis pas dans le monde de l'édition mais j'ai l'impression que c'est très peu. 



De quoi ça parle ? (le résumé de l'éditeur)

Les plus vieilles chroniques de la ville d’Eusthènes racontent comment, mille ans auparavant, la déesse Anostké a fait son apparition aux portes de la cité et s’est emparée de la ville pour y imposer ses lois en faisant bâtir aux habitants une Arche qu’il leur faudra adorer. Mille ans plus tard, alors que l’Arche et les commandements d’Anostké ne sont plus qu’un folklore qui n’impressionne guère, les gardes aperçoivent une silhouette qui s’approche des portes d’Eusthènes : la déesse est revenue. Si les adultes résistent, les enfants sont hypnotisés et se rangent les uns après les autres aux côtés de la déesse, contre leurs parents… Les textes de Christophe Ségas sont des miroirs déformants qui se nourrissent de nos peurs, de nos travers pour pointer la folie de nos sociétés déviantes. Après Hors le bourbier qui revisitait de manière opulente le mythe du créateur tout puissant, mi-démiurge, mi-diable, il y a eu Le théâtre des oiseaux qui, sous couvert de fable grotesque, dénonçait le consumérisme forcené et l’annihilation de l’individu dans nos sociétés du spectacle. Avec Anostké, Christophe Ségas s’attaque frontalement, mais de façon toujours aussi loufoque et drôlatique, au sectarisme et à la dévotion, à l’obscurantisme religieux qui nie toute humanité aux humains.


Mon avis

C'est un bel objet avant tout. C'est pas un livre de poche qu'on trimballe partout. On a envie d'en prendre soin. Le papier choisi semble de qualité. Les illustrations de Frédéric Coché aident aussi même si je n'y suis pas sensible. 

Le livre est très court et va droit au but. L'installation de l'univers sombre se fait rapidement. Très vite, on se voit dans le village et dans l'ambiance pesante qu'il y a. Vu la longueur, tout se passe à vitesse grand V. C'est presque frustrant ! J'aurais aimé que ça dure 100 pages de plus afin de rester encore plus longtemps dans cet univers étouffant. 


Infos 

Le livre est dispo sur le site des Éditions du Chemin de fer

samedi 28 janvier 2023

Avis BD - La machine à influencer de Brooke Gladstone et Josh Neufeld

J'ai pris ma carte à la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil. Je pensais juste la prendre et rentrer chez moi mais finalement j'ai fait un tour pour voir à quoi ça ressemblait et le premier ouvrage qui est tombé sous mes yeux est cette BD. Vu le sujet, j'étais obligé de l'emprunter ! 


De quoi ça parle ? 

Pourquoi le chiffre de 50 000 victimes revient-il aussi souvent dans les médias américains ? Les journalistes devraient-ils annoncer leurs intentions de vote ? Internet radicalise-t-il nos opinions ? Ce sont quelques-unes des questions soulevées par Brooke Gladstone, journaliste spécialiste des médias pour la radio publique américaine NPR. Avec l'aide du dessinateur de bande dessinée documentaire Josh Neufeld, elle retrace dans La Machine à influencer l'évolution des médias d'information et des pratiques journalistiques. Des premières dérives de l'information sous l'Empire romain jusqu'aux errements des médias américains au moment de l'entrée en guerre contre l'Irak, Brooke Gladstone s'interroge et livre une grande leçon de journalisme.


Mon avis 

Cette BD est très dense et bien construite. Ça commence de façon assez ludique puis on rentre dans des sujets plus techniques vers les 3/4 de la BD. Il y a un point important à savoir avant de l'emprunter à la bibliothèque ou de l'acheter : c'est fait par une autrice américaine. Du coup, ça parle en grande majorité d'événements et de médias américains. Cependant, malgré cela, vu qu'on s'inspire toujours des Américains en France et bah, tout est assez transposable aux médias français. 

Il y a beaucoup de critiques envers les médias en France. J'ai appris dans la BD que tout ça c'est pas nouveau. Ces critiques viennent du fait que les gens ne supportent pas de voir des infos qui ne vont pas dans le sens de leurs pensées. C'est d'ailleurs quelque chose qui en 2023 ne va pas en s'arrangeant quand bien même il y a de plus en plus de médias différents qui peuvent parler à tout le monde. 

Un moment de la BD qui m'a fait m'arrêter c'est celui où l'autrice explique que les médias ne sont ni plus ni moins que le miroir des citoyens du pays où ils sont diffusés. L'intérêt d'un média est d'être lu. Si à un instant T, il y a une doxa majoritaire, les gros médias n'ont aucun intérêt à aller à l'inverse de l'opinion. C'est lâche mais un média c'est avant tout autre chose quelqu'un de très riche qui le possède. Et son intérêt n'est pas de faire du social. Ça n'a jamais été le cas. Pendant que j'écris ces lignes, le Washington Post vient encore de virer des gens. Au-delà de l'argent, il y a aussi, pour quelqu'un de riche, la possibilité d'influencer l'opinion publique afin de servir ses intérêts. 


Un autre passage m'a marqué. Celui qui correspond totalement à la ligne éditoriale du Monde et France 2. 


Il y a cet autre extrait qui est un des noeuds qu'il y a dans ma tête. Je travaille dans le journalisme depuis une dizaine d'années. Je suis stupéfait par l'incompréhension du public face aux médias. Je ne leur jette pas la pierre car il n'existe pas à ma connaissance de vraie campagne d'éducation aux médias. Mais pour en revenir à l'image ci-dessous, peu de gens semblent savoir ce qu'est une ligne éditoriale et ce que ça implique. Tous les jours, je vois sur Twitter des gens qui demandent à des médias divers et variés pourquoi ils ne parlent pas de tel ou tel sujet. La réponse est toujours simple : ça ne correspond pas à la ligne éditoriale. 



Aucun média n'est objectif. J'ajoute à cela qu'il faut faire attention aux médias qui vous donnent l'impression d'être objectifs. Ils ne le sont pas. Ils sont simplement en accord avec vos valeurs. Ni plus, ni moins. Chaque choix de sujet et de son traitement le cas échéant, ne sont jamais objectifs. Un même fait peut être traité de plusieurs façons différentes. Un incendie à Paris, une nouvelle loi, la mort d'une personnalité publique, bref tous les sujets possibles. Le moment où vous vous en rendez compte changera à tout jamais votre perception. Un exemple récent me vient en tête : le traitement des grèves contre la réforme des retraites par France 2. Systématiquement, le parti du gouvernement était pris. Les personnes interrogées pour les micro-trottoirs allaient toujours dans le même sens. C'était assez frappant. Je vous renvoie à un passage plus haut dans cet article. France 2, en tant que miroir, d'une partie non-négligeable de la société, n'a pas d'intérêt à embrasser la ligne des grévistes. 


Je termine avec cet extrait sur le traitement journalistique d'Hiroshima. 

Cliquez sur l'image pour la voir en grand

J'étais pas né quand Hiroshima est arrivé. Je n'ai pas pu observer le traitement médiatique. Eh bah c'était du grand n'importe quoi comme vous pouvez le voir dans l'extrait ci-dessus. D'ailleurs, tout le passage de la BD sur le traitement journalistique des conflits armés est terrible. Tout ce qui est dit est d'ailleurs à nouveau visible en ce moment-même (janvier 2023) avec le traitement de la guerre en Ukraine. 

À qui s'adresse cette BD ? 
Tous les étudiants en journalisme doivent lire cette BD. C'est vraiment indispensable. Dans mon école de journalisme, j'ai eu des cours d'histoire des médias mais jamais je n'ai lu tout ce qui est dit dans cette BD. En vrai, n'importe quel journaliste curieux, même en poste, devrait lire cette BD. C'est édifiant. 


À lire aussi

lundi 23 janvier 2023

Avis lecture - Les mots pour le dire de Marie Cardinal

À la fin de cet article, je vais vous expliquer comment j'ai entendu parler du livre Les mots pour le dire de Marie Cardinal et pourquoi j'avais envie de le lire. 


De quoi ça parle ? 

La jeune femme que nous découvrons dans Les Mots pour le dire est un être physiquement et moralement désemparé, au bord de la folie. Jusqu'au jour où elle se décide à confier son destin à un psychanalyste. Il s'agit ici d'un cas vécu, particulièrement pénible. Fasciné, le lecteur subit la puissance de ce livre où se manifestent le tempérament d'une femme et le talent d'un écrivain. Cet ouvrage a obtenu le prix Littré 1976.


Mon avis

Ce livre est purement et simplement l'histoire de Marie Cardinal. Elle raconte comment elle se décide à faire une psychanalyse. C'est presque un mode d'emploi didactique sur les façons de « réussir » une psychanalyse. Aucun détail n'est épargné au lecteur. Elle présente avec précision ses séances. Ce qui se passe dans sa tête avant et après et aussi ce qui se passe pendant. C'est difficile à lire, forcément car elle se met à nu pour immerger le plus possible la personne qui lit le livre. 

Un passage a particulièrement retenu mon attention : celui où des gens qui ont commencé une psychanalyse ont jugé que c'était inutile. Ces gens, explique-t-elle, n'y sont pas allés à fond, ils n'ont pas accepté de fouiller dans leurs souvenirs, de se livrer, d'être vulnérables. Ils n'ont tenu que quelques semaines aussi. Forcément, ils n'ont eu aucun résultat. C'est valable pour à peu près tout au passage. Sans investissement, difficile d'avoir des résultats. 


À qui s'adresse ce livre ? 

Aux gens qui se posent des questions sur la psychanalyse ou sur le fait d'aller voir un ou une psychologue. 


Infos 

• Sorti en 1977

• 288 pages 

• Il est sûrement dispo dans la bibliothèque près de chez vous sinon, vous pouvez vous le procurer dans une librairie indépendante en cliquant sur ce lien


Pourquoi j'ai acheté ce livre ? 

Justin(e) est un de mes groupes préférés. Dans un live d'un concert qu'ils ont donné en 2004 au Floride à Nantes, Alex, le chanteur, commence une chanson en parlant du livre Les mots pour le dire de Marie Cardinal. D'un extrait dans lequel l'autrice raconte une fois où elle s'est mise en colère parce qu'on lui a brûlé son doudou, il en a tiré une trilogie. 

Si les paroles de la trilogie ont peu à voir avec l'histoire du livre, il convient de noter que ce n'est pas surprenant qu'Alex de Justin(e) ait lu ce livre car il aborde beaucoup le sujet de la folie dans ses textes. C'est d'ailleurs, si je ne me trompe pas, le domaine dans lequel il évolue professionnellement. 

Ce que je trouve rigolo, c'est que j'ai entendu Alex parler de ça (dans le live) vers 2009 et j'ai mis tout ce temps à me rappeler l'existence de ce bouquin ! Cela dit, pas sûr que je l'aurais apprécié à sa juste valeur plus tôt. 


À lire aussi 

Avis lecture - Onze joueurs d'Alexandre Vaillant

mardi 17 janvier 2023

Avis lecture - Le syndrome du patron de gauche d'Arthur Brault-Moreau

J'ai fait quelque chose que je n'avais jamais fait avant. Je suis allé dans une librairie (Libertalia pour ne pas la citer) sans aucun objectif d'achat de livre précis. C'était le jour où Antifa, le jeu, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs parce qu'il était vendu par la FNAC. La polémique m'a saoulé. Vu que j'avais déjà joué au jeu un an auparavant dans cette même librairie, je n'y suis pas allé pour l'acheter mais pour soutenir le lieu. 

J'ai donc laissé traîné mes yeux sur les étagères. J'ai failli prendre un Jonathan Coe, un auteur anglais que j'aime particulièrement mais finalement mon dévolu s'est jeté sur un livre dont le titre a attiré mon oeil. J'ai lu la quatrième de couv' et ça a fini de me convaincre de l'acheter. 

Dans cet article, je vais vous dire ce que j'en ai pensé. 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


De quoi ça parle ? 

Tout ce qui relève du champ lexical de l’employeur, du patron, du « management » ou du salariat est considéré comme libéral, apparenté à des valeurs de droite. Ce comportement est typique du patron de gauche : en rejetant ces mots, celui-ci se prive de – ou plutôt s’épargne – toute réflexion sur le sujet. L’expression « patron de gauche » souligne à elle seule le paradoxe de la situation : dans la pratique, « patron » ; dans le discours, « de gauche ». Né en 1993, diplômé de Sciences-Po, Arthur Brault Moreau a fait l’amère expérience du patronat de gauche dès sa première embauche. Forcé de constater que ce positionnement politique ne garantissait en rien le respect du droit du travail, il a mené une enquête auprès d’environ 70 personnes, dont beaucoup de salarié·es et quelques employeurs. Guide de développement collectif plus que personnel, ce manuel fournit des outils concrets pour comprendre et combattre ces patrons qui ne disent pas leur nom.

Mon avis

C'était instructif. Très instructif. J'ai apprécié le fait que l'auteur de l'enquête s'adresse à des employés qui évoluent dans des structures différentes. De l'employée d'un théâtre à un journaliste en passant par un assistant parlementaire d'un élu de gauche. 

J'ai bien aimé aussi qu'il fasse un livre qui fait mal. Un livre contre « la cause ». C'est un vrai tabou ça. Dans des milieux, tout se sait, pourtant, souvent, les gens ne disent rien pour ne pas desservir leur cause. C'est valable pour plein de sujets différents. Récemment, il y a eu quelques exceptions. Mais ça reste rare. Ce livre est un pavé dans la mare du monde de l'emploi des entreprises dites de gauche. 


La première page que j'ai cornée parle littéralement de moi. 

Page 68

« Marie, salariée d'une association d'éducation populaire : " C'est un travail qui me plaît, qui a du sens pour moi. Dans le privé, je pourrais toucher bien plus, avoir plus d'avantages, mais j'ai décidé de mettre mes compétences, mes années d'études et d'expérience au service d'un projet qui me parle. " Ce que l'organisation de gauche ne fournit pas sur les plans monétaires et matériel est compensé par son mobile idéologique. L'idéologie apparaît comme un mode de rétribution à part entière. 


Page 73

Un peu plus loin, un salarié d'une distribution alimentaire bio dénonce une hypocrisie des patrons de gauche. 

« Son ressort, ce sur quoi [ma patronne] compte, c'est notre motivation politique. C'est peut-être ça la différence avec un patron de droite ou classique : lui, il sait que c'est l'argent qui compte, les bénéfices, etc., et il sait que pour le salarié, c'est pareil. Il y a une hypocrisie en moins. Pour le patron de gauche, tu ne travailles pas pour l'argent, mais pour des valeurs, pour des choix de société, et ça lui permet de te manipuler. »


Page 109

Il y a eu autre passage qui m'a alerté en tant que minorité sociale. 

« Lorsque je dénonce - ou simplement souligne ! - un acte ou un propos homophobe, on m'oppose souvent la preuve implacable d'un engagement ou d'un discours affiché contre l'homophobie par l'organisation. Si, en général, les gens peinent à reconnaître une attitude oppressante, dans les milieux militants, une telle reconnaissance apparait comme encore plus difficile, sans doute parce qu'il y est compliqué de penser la possibilité d'un propos ou d'un acte discriminant. Comment puis-je dire ou faire quelque chose d'homophobe si je suis engagé dans une organisation qui se positionne contre l'homophobie ? C'est le pendant militant du "je ne suis pas homophobe, j'ai un ami gay". »


Page 127

Sur le thème de l'hypocrisie des patrons de gauche, il y a également ce passage qui ne me surprend pas du tout. 

« Lorsque Quentin et ses collègues évoquaient avec lui des problèmes au travail, leur employeur redirigeait la conversation sur des considérations générales. "Il justifiait la précarité de notre travail par le fait qu'il s'agissait d'un travail militant, un engagement." Ce comportement peut se résumer en un syllogisme assez simple : l'organisation lutte contre le système capitaliste, le système capitaliste est le vrai problème, il n'y a donc pas de vrai problème dans l'organisation. Ici, le romantisme de gauche ne sert pas seulement à masquer ou à justifier de mauvaises conditions de travail, mais bien concrètement à imposer le silence et l'obéissance aux salarié·e·s. »  


Comme d'habitude, je ne veux pas mettre trop d'extraits pour ne pas vous divulgâcher le contenu. Je ne dirais qu'une chose : si vous évoluez professionnellement dans une entreprise de gauche, c'est un livre à lire absolument

Plusieurs fois, je me suis arrêté, bouche bée, en ayant directement en tête une entreprise en tête. Je pense notamment au moment où quelqu'un décrit une entreprise qui ne tourne qu'avec des stagiaires et des contrats pro. 

Enfin bref, je ne regrette pas cet achat, au contraire. Je n'espère qu'une chose, c'est que ce livre tourne le plus possible. 


Infos  

224 pages, 19 €. 

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À lire aussi :

• Avis lecture - L'arabe pour tous de Nabil Wakim

• Avis lecture - Regarde les lumières mon amour d'Annie Ernaux



mardi 10 janvier 2023

Avis lecture - Histoire de ta bêtise de François Bégaudeau



François Bégaudeau est mon auteur préféré. Il a hérité de ce titre pour diverses raisons. Jusqu'à présent, il ne m'a jamais déçu. À chaque fois, c'est le même procédé. J'entends parler de la sortie du livre, je me rue dans une librairie indépendante proche de chez moi et je dévore le livre. Cette fois-ci, ça ne s'est pas passé comme prévu. J'ai essayé de le réserver dans la librairie près de chez moi, on m'a annoncé qu'il n'était plus disponible. Après le travail, je me suis rendu dans une autre, la libraire m'a dit que le dernier exemplaire venait d'être vendu. Dans la foulée, je suis allé dans une autre et même son de cloche. Cette fois-ci, j'ai demandé ce qu'il se passait. La jeune femme m'a expliqué que le premier tirage avait été complètement écoulé. Elle ne pouvait même pas me le commander car, à ce moment-là, l'éditeur n'avait pas encore communiqué sur la suite. J'étais vénèèèèèèèère.


J'étais énervé car pour acheter les livres de François Bégaudeau je n'ai jamais eu aucun problème. Et là d'un coup on me parle de rupture de disponibilité????!!!! Dans mon malheur, j'ai appris quelque chose. Oui, je voyais des écrivains faire leur promotion sur les plateaux télés. Mais vu que je ne me procurais jamais lesdits livres, je n'ai jamais pu constater les conséquences de ces tournées. Plus globalement, je n'ai jamais été convaincu par la promotion de la culture dans les médias. Bah là, j'ai eu un exemple concret de son utilité. En quelques apparitions (musclées, il est vrai), François Bégaudeau a cassé la baraque. Il a réussi à créer la réseaunance autour de son livre. Après mes déconvenues, j'ai commencé à regarder les classements des meilleures ventes. À l'heure où j'écris ces lignes (10 mars 2019), il est encore dans les premières places. Le livre étant sorti fin janvier 2019.

D'ailleurs, il y a une grande probabilité qu'il continue à très bien se vendre pendant les prochaines années. Tant qu'Emmanuel Macron sera au pouvoir et que sa pensée se répandra.

De quoi ça parle?
"Tu es un bourgeois. Mais le propre du bourgeois, c’est de ne jamais se reconnaître comme tel. 
Petit test : 
• Tu votes toujours au second tour des élections quand l’extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage. Par conséquent, l’abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible. 
• Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel. Tu es bien convaincu qu’au fond les extrêmes se touchent. 
• L’élection de Donald Trump et le Brexit t’ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d’assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. 
• Naturellement tu dénonces les conflits d’intérêts, mais tu penses qu’en voir partout relève du complotisme. 
• Tu utilises parfois (souvent ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi. Tu leur préfères définitivement le mot ouverture. 

Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi. Prends le risque de l’ouvrir."

Avis
À chaque fois que je lis un livre de François Bégaudeau je prends beaucoup de plaisir. Il arrive à mettre des mots sur des phénomènes que j'observe mais que je peine à décrire. C'est pour ça qu'il est écrivain j'imagine.

Voici quelques extraits que j'ai trouvé forts.

"Si nocifs que tu les prétendes, ce n'est pas Marine Le Pen et à ses affidés que mon quotidien se cogne. Ce n'est pas dans les coordonnées du fascisme que mon corps est paramétré. Ce n'est pas le fascisme qui impose à une caissière des journées 9-13 / 17-22, qui esclavagise la moitié de la planète pur mettre l'autre au chômage, transforme en GPS les ouvriers d'entrepôt, m'oriente par algorithmes, privatise la santé et les plages, flique les chômeurs, bourre les pauvres de sucre, bourre tout le monde de perturbateurs endocriniens, soustrait 100 milliards par an au fisc. C'est n'est même pas le fascisme, tiens, qui discrimine les Arabes à l'embauche, couvre les crimes racistes de ses flics, impose la tête nue à des lycéennes musulmanes, renvoie des migrants vers la guerre." p22

"Tu veux intégrer, tu veux être inclusif, tu offres aux pauvres les plus disciplinés l'aubaine de devenir toi. Mais si chacun devient toi, tu ne seras plus distinct - et qui ramassera les poubelles? Il faut donc que tous réussissent mais pas tout. L'école te sert de trieuse, elle est un casting géant dont tu tires, selon un numerus clausus officieux, une poignée de pauvres méritants." p84

Comme d'habitude, je n'en mets pas trop pour ne pas vous divulgâcher la lecture.

Au fil du livre et quand je l'ai terminé je me suis dit « Wahou ». J'étais soufflé parce que depuis que je suis à Paris, j'évolue au milieu des gens qu'il décrit. 

Après, il faut faire attention au terme de « bourgeois » qu'il utilise. Pour moi qui ait grandi à Angers, un bourgeois c'est le genre de personnes qu'on trouve dans les lycées privées catholiques que j'ai fréquentés. Des Enguerrand, des Jean Chrysostome (bon dac j'en ai croisé qu'un seul), des Louis ou encore des gens avec des particules.

Je vous recommande vivement la lecture de ce livre ! 

À lire aussi :

lundi 26 juillet 2021

Avis lecture - Regarde les lumières mon amour d'Annie Ernaux


C'est en lisant un magnifique portrait d'Annie Ernaux dans Le Monde que j'ai eu envie de lire son livre Regarde les lumières mon amour


De quoi ça parle ? 

Annie Ernaux parle de l'hypermarché de Cergy et décrit ce qu'elle voit. 

Le Carrefour dans lequel je fais mes courses


Avis 

Ça ne fait pas depuis longtemps que je vais régulièrement dans un supermarché. Mais rapidement, je me suis à observer ce qui se passait. J'aime bien observer. L'endroit dans lequel je vais à ceci de particulier qu'il se trouve dans une sorte de carrefour entre différents types de populations. Il y a à la fois des jeunes actifs (genre moi) et des personnes issues des quartiers populaires. Disons que c'est un véritable lieu de rassemblement pour un tas de personnes différentes et je trouve ça chouette. 

Dans ce livre, Annie Ernaux décrit tout ça avec beaucoup de justesse. La preuve, tout de ce dont elle parle, je le retrouve dans le Carrefour de la porte de Montreuil dans lequel je fais mes courses. Pourtant, elle parle du supermarché qu'elle fréquente, à Cergy. 

« Il n'y a pas d'espace, public ou privé, où évoluent et se côtoient autant d'individus différents : par l'âge, les revenus, la culture, l'origine géographie et ethnique, le look. Pas d'espace fermé où chacun, des dizaines de fois par an, se trouve mis davantage en présence de ses semblables, où chacun a l'occasion d'avoir un aperçu sur la façon d'être et de vivre des autres. » 

C'est un petit livre d'à peine 96 pages qui se lit très vite. Il n'a rien de particulier. C'est une chronique d'un lieu que l'on est tous amenés à fréquenter à un moment où un autre. C'est un ouvrage pour les personnes qui aiment observer et prêter attention aux petits détails de la vie. 


À lire aussi

L'arabe pour tous de Nabil Wakim

Avec lecture : En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis

vendredi 29 janvier 2021

Avis lecture - L'arabe pour tous de Nabil Wakim


J'ai acheté le livre L'arabe pour tous de Nabil Wakim le jour de sa sortie, le 1er octobre 2020. Pourtant, je viens seulement de le terminer ce 10 janvier 2021. À vrai dire, je n'ai même pas commencé la lecture le jour de l'achat. Je crois que j'ai entamé le livre 1 mois plus tard. J'ai commencé à lire et j'ai eu peur. Peur de lire des choses qui me rendront tristes. Peur de lire des choses que je sais déjà mais couchées dans une oeuvre ça les rend encore plus réelles. J'ai donc fait une pause en décembre avoir de le terminer à l'entame de l'année 2021. Voilà pour le contexte. 

De quoi ça parle ? 

Cliquez sur l'image pour lire

Avis 
À chaque fois que j'ouvrais L'arabe pour tous, je le dévorais. J'étais happé par ce que je lisais. S'il est question de langue arabe, des enfants d'immigrés comme moi peuvent aisément s'identifier à ce qui est dit sur l'intégration. J'ai notamment été plutôt marqué par tout ce qui est lié aux parents et à leur langue d'origine. Je n'y avais jamais fait attention mais en le lisant dans le livre, je me suis rendu compte que mes parents dont la langue maternelle est le malgache, parlent systématiquement français en public et gardent le malgache pour le cercle privé. Pourquoi ? Parce qu'ils ont fait ce que tous les parents ont faits pour s'intégrer en France. Ils ont essayé d'adopter les coutumes et la culture française. Ils ont sûrement accepté beaucoup de choses que je ne peux même pas imaginer. Ce qui est certain, c'est qu'ils ont essuyé des plâtres pour que moi et d'autres puissent s'épanouir en France. 

Le point commun entre ces deux langues, c'est qu'elles viennent de pays qui ont été colonisés par la France. Quand un colon vient dans un pays, il cherche à le transformer pour qu'il lui ressemble le plus possible. Le biais principal est la langue : en l'occurence ici le français. Le risque avec ça, c'est que la pratique de ces langues disparaissent petit à petit avec les générations qui suivent. C'est ce dont parle Nabil Wakim dans son livre. C'est ce qui se passe dans ma famille. Sur trois enfants, il n'y a que ma grande soeur qui a récemment appris à parler le malgache. Mais la comparaison s'arrête ici. La France ne cherche pas à ralentir l'apprentissage du malgache contrairement à l'apprentissage de l'arabe. 

Ça m'amène au premier extrait qui m'a marqué, page 160. 

« Le bon arabe, c'est celui qui ne se plaint pas et qui fait ce qu'on lui dit de faire. Le bon Arabe, c'est celui qui ne transforme pas le paysage avec sa langue, sa culture, sa religion. Le bon Arabe, c'est celui qui choisit d'être le meilleur en français plutôt qu'en arabe. Je me rends compte que je suis un peu comme ça. »
C'est l'impression que j'ai quand on parle de la France et de l'immigration. La France ne voit pas les autres cultures comme une richesse. La France fait passer sa culture avant toute les autres. C'est pour ça qu'on se retrouve avec des films comme Intouchables qui cartonne dans lequel Omar Sy joue le rôle du noir gentil qui ne fait pas peur. Je pense aussi à une carrière comme celle de Roschdy Zem. Je pense aussi à Claudia Tagbo qui a réussi à intégrer la clique d'Arthur en jouant la noire de service avec son accent bien cliché. Bref, que des gens qui ont coché toutes les cases pour se faire accepter. C'est dit avec mépris mais je respecte aussi leurs choix. Chacun fait ce qu'il veut. Le film qui incarne le plus cela a cartonné au cinéma : Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?. À l'inverse, les États-Unis, qui est un pays éclaté au sol sur plein d'aspects, valorise les cultures différentes. Ils font même ça à outrance. 

Un autre point qui a soulevé mon attention est l'image qui est collée aux personnes qui parlent ou veulent apprendre l'arabe. Page 106, on peut lire ceci : 
« Un ancien inspecteur d'académie raconte : "Un chef d'établissement qui n'était pas contre à titre personnel m'a dit : 'Je ne veux pas faire fuir mes bobos'. Il y a là un fantasme de l'invasion barbare." Pour ne pas dire "je ne veux pas de l'arabe", les proviseurs vont glisser "je suis plutôt sur l'italien". "Mais on sait que ça veut dire 'je ne veux pas mélanger mes élèves aux gens des cités'". "C'est perçu comme une sorte de déclassement social", se désole l'ancien inspecteur. »

À cet extrait, j'ajoute cette déclaration de l'artiste Camélia Jordana qu'on peut retrouver page 151. 

« Quand j'ai dit que j'allais chanter en arabe, mon label n'était pas content. Ils m'ont prévenue que l'arabe, ça ne passait pas à la radio. Ils m'ont dit : 'Mets du français dans ton album si tu veux que ça passe à la radio'. »

En fait ce que j'ai compris dans le livre c'est qu'il y a plein d'arabophone en France et plein de gens qui veulent apprendre l'arabe. Mais les institutions font en sorte que ça n'arrive pas. Et c'est pas quelque chose de passif. Ce sont des choix délibérés. Rien que les derniers mois en ont été l'exemple parfaits. Dès qu'il s'agit du monde arabe et de qui s'y rattache (langue, religion), l'opinion publique se tend. Le problème c'est que c'est une tendance que les enfants d'immigrés intériorise. C'est là où ce livre est important, il met le doigt sur un problème systémique. 

Cependant, tout n'est pas foutu. Je me souviens avoir été marqué par un propos de Fianso chez Clique. Il disait que l'époque des parents qui baissent la tête et s'excusent d'être là est révolue et que lui ne s'excusera jamais d'être qui il est. Dans la même veine, Mustapha El Atrassi dit pareil. C'est d'ailleurs, cet artiste qui m'a éveillé sur ce sujet à travers ses spectacles. Je trouve ses propos très intéressants et je vous conseille très fortement d'aller voir ce qu'il fait, notamment sur sa chaîne YouTube. Le point commun entre les deux c'est qu'ils ont le même âge. 


Conclusion 

C'est un livre excellent que je vous conseille fortement d'acheter même s'il remue et révolte. 

Infos 

198 pages - lien pour l'acheter


À lire aussi

Avec lecture : En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis


vendredi 11 septembre 2020

Avis lecture - FLIC de Valentin Gendrot (Éditions Goutte d'Or)

Avant tout, je tiens à rappeler que ce n'est jamais une bonne idée de donner son avis sur une oeuvre avant de l'avoir lue, vue. C'est valable ici aussi. Le jour de la sortie de Flic en librairies, j'ai vu une volée de réactions de gens qui n'avaient clairement pas lu le livre. Ils se basaient sur des extraits sortis ici et là. C'est l'équivalent des gens qui commentent un article sans en avoir lu le contenu du début à la fin. C'est ni fait, ni à faire. Sérieusement, ne faites pas ça. Maintenant que c'est dit, on peut passer à mon avis sur ce livre. 


Comme c'est indiqué sur la couverture et sur la quatrième de couverture, l'attrait principal du livre c'est le côté inédit de la démarche. Un journaliste a infiltré la police. Ça m'a suffisamment intrigué pour me donner envie de l'acheter et de le lire. 


 
Avis
Je pense que chaque appréciation est conditionnée par un a priori. Dans le cas du livre Flic, de Valentin Gendrot, les premières personnes que j'ai vu réagir sont des personnes qui ont l'habitude de dénoncer les violences policières. Ensuite, on voit l'éditeur qui est plutôt engagé et on peut se dire, à raison, que ce sera un livre à charge contre la police. Ce n'est pas tout à fait le cas, d'où le début de polémique qu'il y a eu suite à la sortie du livre. En vrai, on peut s'en douter en lisant le quatrième de couv' (ci-dessus) et particulièrement la dernière phrase : "Un récit urgent, tant pour les victimes des violences policières que pour les policiers eux-mêmes". 


La promesse de l'infiltration est tenue. Le journaliste s'est infiltré, ni plus, ni moins. Au fil du livre, il décrit dans un premier temps, sa brève formation d'adjoint de sécurité avant d'intégrer le monde de la police. Il parle de ses collègues, de ses missions rébarbatives et sans intérêt et de ce qui a retenu l'attention des gens vu que ce sont les seuls passages saillants du livre : les violences policières. Contrairement aux bavures filmées et diffusées sur les réseaux sociaux, celles décrites sont invisibles par le grand public. Il s'agit à chaque fois d'un tabassage en règle à l'abri des regards indiscrets. C'est toujours gratuit. Souvent contre des noirs et de personnes d'origine arabe, d'après le livre. 

Si les dérives (racisme, sexisme, homophobie, etc) dans la police vous intéressent, passez votre chemin. Je vous recommande davantage de lire ce long article de Mediapart qui est bien plus intéressant. 


À défaut d'avoir un quelconque intérêt sur les bavures policières, ce qui m'a un peu plus intéressé, c'est de découvrir les profils des gens qui composent la police. Ça répond, en partie, à une question que j'avais dans un coin de la tête. Je me demandais pourquoi la police n'était pas uniquement composée de l'élite de la nation. J'avais un début de réponse mais là j'ai eu une confirmation. En gros, d'après le livre, il y a peu de policiers qui sont là par vocation. C'est un job alimentaire qui a ce côté pratique de faire de celui qui l'exerce un fonctionnaire et d'avoir la sécurité de l'emploi. Cet avantage semble être suffisant pour compenser tout ce qu'on lit dans le livre : l'ennui, l'intérêt limité des missions, le sentiment de servir à rien, déclencher l'hostilité d'une partie de la population. 

À lire aussi 


lundi 27 juillet 2020

Avis lecture - Gang of Brussels (l'histoire vraie des hooligans d'Anderlecht, entre foot et banditisme)



Avant même de terminer la lecture de l'article de France TV qui faisait la promotion du livre Gang Of Brussels, je l'avais réservé au Monte-en-l'air. Ce thème est rarement abordé dans des livres (ou alors je ne les vois pas passer), j'ai donc sauté sur l'occasion pour nourrir mes connaissances sur le sujet.

De quoi ça parle ? 
Cliquez sur l'image pour lire


Mon avis sur Gang of Brussels
J'ai acheté ce livre et je l'ai lu d'une traite pour les mêmes raisons que les auteurs l'ont écrit. Le monde des hooligans me fascine. Comme c'est bien expliqué dans le livre, c'est un univers concomitant à celui du monde ultras, que je connais bien, comme je l'évoque brièvement ici

Gang of Brussels évoque rapidement le lien avec le foot mais très vite, on comprend que le monde des hooligans de Bruxelles n'a rien à voir avec le foot. Le sport est juste en tâche de fond, contrairement au monde ultras ou le foot a une place bien plus pregnante. Il est avant tout question d'une bande de potes. Ils se sont retrouvés autour d'une passion commune : la bagarre. C'est vraiment LE point commun entre toutes les personnes dont il est question dans le livre. 



Cependant, au fil des 230 pages, il n'est pas tout le temps question de baston. À vrai dire, c'est une partie minime du livre. Après tout, une bagarre est une bagarre, qu'elle ait lieu entre des types qui gravitent autour d'un club de foot ou à la sortie d'une boîte. Surtout qu'il est bien dit dans le livre aussi que souvent ça ne dure pas plus de 2 minutes. En fait, c'est surtout un livre sur les membres du Brussel Casuals Service ou BCS. Sur les histoires des fondateurs. Disons que même si le hooliganisme est la porte d'entrée du livre, rien que de découvrir les vies mouvementées de ces types est passionnant. 

En fait, j'ai plus été "impressionné" par leur côté bandit que par leur côté hooligan. Les voir expliquer leurs combines et découvrir tout l'argent qu'ils se sont faits grâce à ça est assez fou. Ce que j'ai également apprécié, c'est la solidarité entre les membres de leur équipe. De la solidarité dans l'illégal, mais solidarité quand même. 


Lire un livre sur des gangsters de Bruxelles m'a aussi permis de découvrir une partie de l'histoire de la capitale belge dont j'ignore beaaaaaucoup de choses pour ne pas dire tout. J'ai par exemple appris il y a seulement quelques années qu'Anderlecht était un club de Bruxelles. Mais bref, j'ai trouvé ça passionnant d'apprendre l'histoire des différents quartiers de la ville et leurs spécificités. 

Enfin, je suis content que le hooliganisme moderne ait été abordé. Forcément, j'ai vu passer pas mal de vidéos de rencontres organisées dans des forêts et je trouvais ça triste. Tout le chapitre où ils suivent le type qui fait ça m'a permis d'un peu comprendre le pourquoi du comment. Car ouais, cette pratique n'a absolument rien à voir avec le mouvement hooligan des débuts. C'est juste de la baston qui n'est plus du tout liée au foot. 

Pour résumer, j'ai dévoré ce livre qui intéressera toutes les personnes qui s'intéressent à la fois au banditisme, à Bruxelles et au hooliganisme ! 

Liens utiles :



dimanche 5 avril 2020

Avis lecture - En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis

Tout est parti d'une discussion le midi avec un collègue de travail. Il a loué trois auteurs : Annie Ernaux, Didier Eribon et Édouard Louis. C'est le nom du dernier que j'ai retenu parce que j'en avais déjà entendu parler de loin. Peu de temps après, j'ai écouté un podcast passionnant du Monde avec Édouard Louis comme invité. J'ai apprécié ce qu'il a dit et ça a terminé de me convaincre de le lire. Dans la foulée, j'ai commandé son premier roman via Paris Librairies. Je le récupérai le soir-même après le travail.


De quoi ça parle ?
Édouard Louis raconte son enfance dans la campagne française profonde où le racisme et l'homophobie sont la norme.

Avis
Strip Tease. En finir avec Eddy Bellegueule m'a fait penser à Strip Tease. Cette ancienne émission mettait le projecteur sur des gens qui n'étaient jamais dans la lumière. On y voyait notamment des gens de la campagne. Dans ce livre c'est exactement ça dont il s'agit. Édouard Louis présente son enfance au sein d'une famille qui aurait largement eu sa place dans Strip Tease. Tout comme les épisodes de cette émission, j'ai eu du mal à décrocher tellement j'ai été absorbé dans ce monde qui est totalement étranger au mien. Je ne nie pas qu'il y a une forme de voyeurisme quand j'ai lu ce livre avec mes yeux d'urbain.

Dans ce livre, Édouard Louis n'est pas tendre avec sa famille. Il n'omet rien. Il les dépeint de façon peu flatteuse. Page 57, le portrait qu'il fait de sa mère m'a fait penser aux internautes qui commentent les publications des médias à longueur de temps.

"C'était une femme souvent en colère. Elle protestait dès qu'elle en avait l'occasion, toute la journée, elle proteste contre les hommes politiques, les réformes qui réduisent les aides sociales, contre le pouvoir qu'elle déteste au plus profond 'elle-même. Pourtant, ce pouvoir qu'elle déteste, elle l'appelle de ses voeux quand il s'agit de sévir : sévir contre les Arabes, l'alcool et la drogue, les comportements sexuels qu'elle juge scandaleux. Elle dit souvent Il faudrait un peu d'ordre dans ce pays."

Sur cette même mère, un autre passage qui m'a marqué, est à retrouver page 64. Elle explique à son fils qu'elle aimerait qu'il fasse des études contrairement à elle qui a multiplié ce qu'elle appelle des erreurs. Le jugement, a posteriori d'Edouard Louis est implacable.

"Elle ne comprenait pas que sa trajectoire, ce qu'elle appelait ses erreurs, entrait au contraire dans un ensemble de mécanismes parfaitement logiques, presque réglés d'avance. Elle ne se rendait pas compte que sa famille, ses parents, ses frères, soeurs, ses enfants même, et la quasi-totalité des habitants du village, avaient connu les mêmes problèmes, que ce qu'elle appelait donc des erreurs n'étaient en réalité que la plus parfaite expression du déroulement normal des choses."

Outre son entourage, l'un des axes importants du livre c'est la découverte de son homosexualité. Page 142, il décrit une scène crue. Portés par leur puberté, ses potes (dont son cousin) et lui se retrouvent dans un hangar pour faire l'amour. Sur les deux paires, l'un des deux doit "faire la femme". Eddy, son nom de naissance, se retrouve allongé par terre.

"J'ai senti son sexe chaud contre mes fesses, puis en moi. Écarte, lève un peu ton cul. J'obéissais à toutes ses exigences avec cette impression de réaliser et de devenir enfin ce que j'étais. Chaque coup de reins qu'il me donnait faisait durcir un peu plus mon membre."


Je ne dévoile pas plus d'extraits et j'espère qu'ils vous ont donné envie. Sachez simplement que j'ai dévoré ce livre. C'était passionnant et pendant le temps de la lecture, j'ai eu l'impression d'être dans son foyer, de sentir l'odeur des cigarettes fumées par sa mère, voir son père rentrer bourré, d'entendre les moqueries de ses camarades et d'imaginer l'ambiance du village. En un mot, je vous conseille grandement de lire En finir avec Eddy Bellegueule d'Édouard Louis.


Infos
204 pages, 6€90 : cliquez-ici pour l'acheter.

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Avis lecture : La lenteur de Milan Kundera
Avis lecture : d'âne à zèbre de François Bégaudeau

dimanche 17 février 2019

Avis lecture - Supporter, un an d'immersion dans les stades de football français

Je me suis rendu au Café Mouffetard pour récupérer mon exemplaire de Supporter. À vélo, le Ve arrondissement de Paris est une vraie galère. Notamment pour marcher avec des cales autos sur les pavés. Si je me suis motivé pour y aller après une journée de travail c'est parce que le livre est seulement disponible dans 3 librairies (loin de chez moi) du réseau Paris-Librairies, là où j'achète toujours mes livres, ne souhaitant pas utiliser Amazon. Dit comme ça, cela peut sembler être une anecdote sans intérêt. Mais pas pour moi. En semaine, j'aime bien rentrer chez moi directement après le travail. Faire un détour pénible illustre la volonté que j'avais de lire ce livre le plus vite possible. D'ailleurs, je l'ai terminé en moins d'une journée.



De quoi ça parle?
"Le supporter est souvent victime de l'image qu'on lui colle : violent, grossier, primaire... Ces clichés ont la vie dure. Il est grand temps de faire le point sur ce que signifie d'être supporter et ce que cela implique vraiment pour ceux qui en sont fiers. Qu'est-ce qu'être supporter de football aujourd'hui ? Qui sont les ultras ? Comment a évolué le mouvement depuis sa naissance dans les années 80 ? Les tribunes sont-elles gangrenées par la violence ? Les réseaux sociaux ont-ils changé la façon de supporter ?"

Avis
Sur mon compte Instagram j'ai qualifié, à chaud, ce livre de magistral. Avec le recul je maintiens. J'ai été stupéfait par la qualité de ce travail réalisé à quatre mains. C'est juste et précis. Le livre Supporter aborde tous les sujets importants des tribunes. Ce qui m'a plu c'est le fait de donner la parole à des gens qui d'habitude ne sont pas entendus et pourtant très visibles tous les samedis et dimanches aux quatre coins de la France.

À la base, dans cet article, je voulais vous raconter mon expérience par rapport au monde des tribunes. Finalement, je préfère garder ça pour moi et ne pas rendre ça public. Le mouvement ultra ça reste l'une des passions les plus importantes de ma vie. Et plutôt que de balancer des anecdotes ici, je vous invite plutôt à lire ce magnifique livre qui m'a fait penser à l'un des premiers articles sur les gilets jaunes de Mediapart. Là où la majorité des médias ont traité le sujet avec mépris et dédain, Mediapart est simplement parti à la rencontre des manifestants sur un rond-point et les a écoutés. J'ai trouvé ça génial. Eh bah, c'est exactement ce qu'on fait Frédéric Scarbonchi et Christophe-Cécile Garnier avec Supporter. Ils ne jugent pas leurs interlocuteurs, ils les écoutent et passent du temps pour comprendre leur monde.

J'ai compris après 10 ans dans le journalisme que l'objectivité n'existe pas. Tous les médias servent des idéaux divers et variés. Je ne pense pas qu'un jour le journalisme redeviendra objectif. L'histoire ne va pas dans ce sens. Les gens semblent vouloir lire des choses qui correspondent à ce qu'ils pensent. D'où l'émergence des fausses informations.

Bref, tout ça pour dire que outre le fait de lire un livre sur l'un des sujets que je connais le mieux, ça m'a fait du bien de lire un travail qui, pour le coup, m'a semblé objectif.

Merci aux auteurs pour ça. Et merci à toutes les personnes qui se bougent dans leur coin pour continuer à faire des stades français des endroits vivants. Force à vous.

dimanche 10 février 2019

Avis lecture - Mimi (Grasset)

Mimi, j'ai entendu parler en 2014 par d'anciens et actuels journalistes de Purepeople. À chaque fois, on me l'a présentée comme la femme qui dirige tout dans l'ombre. Celle qui peut faire ou défaire une carrière. D'ailleurs, lorsqu'une journaliste de Purepeople a quitté le site, elle l'a menacée de détruire sa carrière. Ça n'a pas fonctionné.

Quand un pote m'a parlé de la sortie de ce livre, je l'ai donc acheté tout de suite après et je l'ai lu d'une traite.



De quoi ça parle?

On l'appelle " Mimi " . Michèle Marchand, la papesse des paparazzis, la gardienne des rumeurs, des secrets de la politique et des affaires. Elle collectionne les scoops sur les puissants mais elle a compris que le plus utile n'était pas de les vendre. Les posséder suffit. Et en parler, ici ou là. Elle ne dispose d'aucun titre officiel mais " Mimi " se rend tous les jeudis à l'Elysée. Son agence de presse, Bestimage, a l'exclusivité de l'image de la Première Dame et de celles, privées, du couple Macron. Une manne. Et une première. Jamais un couple présidentiel n'avait concédé un tel passe-droit à une " Petite marchande de photos " . Comment " Mimi " a-t-elle pris le contrôle des secrets de Paris ? Pourquoi lui est-il accordé tant de privilèges ? Que sait-elle ? Que tait-elle ? Difficile d'enquêter sur cette femme, puissante et redoutée. Ses amis se taisent et ses ennemis ont peur. Garagiste, tenancière de boîte de nuit, mariée à des braqueurs puis à un policier, championne de ski, reine de la presse people... Avant d'arriver au coeur du pouvoir. La vie de " Mimi " est une énigme et un vertige. Voici le roman vrai d'une femme aux mille visages.


Avis
C'est répété par les trois auteurs du livre du début à la fin. C'est difficile de faire parler les gens sur Mimi. Preuve sa grande puissance. Du coup, ben c'est un livre sans vraiment d'intérêt, à part si on ne connaît pas du tout la personne. Mais une fois qu'on a compris ce qu'elle fait, le reste a peu d'intérêt. Je n'en ai pas grand chose à faire de son passé hors médias. Ça ne m'intéresse pas qu'elle ait acheté un garage ou tenu une boîte. Pour tenter d'attirer l'attention des lecteurs, un bandeau a été mis avec une photo floutée d'Emmanuel et Brigitte Macron. Il y a aussi quelques passages sans intérêts sur Johnny Hallyday ou encore Benalla. J'ai compris ce qu'ils ont voulu faire mais c'est raté.

Cela dit je comprends la curiosité de base. Mais, au final, il n'y a rien de captivant à se mettre sous la dent.


mercredi 31 octobre 2018

Avis lecture : Judy, Lola, Sofia et moi de Robin d'Angelo



Quand je vois passer un livre qui m'intéresse sur mes réseaux sociaux (Twitter surtout en fait), je l'achète tout de suite. Systématiquement dans une librairie du réseau Paris Librairies. Cette fois-ci, j'ai vu passer une vidéo de StreetPress.


Je l'ai regardée et j'ai acheté le livre peu de temps après au Monte-en-l'Air. Je l'ai terminé en 4 trajets de métro. Je l'ai dévoré en fait. Ça m'a passionné. En plus, ça se lit très facilement.

De quoi ça parle ? 
« En couple, Robin D'Angelo, 31 ans, regarde du porno quand il est seul. «Je ne pense pas être misogyne. Pourtant, je jouis devant des vidéos où des hommes surjouent leur domination sur des femmes.» Alors Robin est passé de l'autre côté de l'écran, en plongeant en immersion dans le porno «amateur», celui de Jacquie et Michel, qui coûte peu et rapporte gros. Le journaliste a dû rédiger des articles complaisants dans Playboy, jouer dans un film, enfiler une cagoule... Et surtout, Robin d'Angelo a plongé dans l'intimité de trois actrices, Molly, Emma et Natacha, trois femmes aux trajectoires puissantes et chaotiques. Robin a dû franchir la ligne rouge de tous les codes journalistiques pour nous ramener un récit époustouflant et bouleversant. »


Avis
Vers la fin du livre je me suis dit que je n'avais rien appris. Mais en fait si. Il y a une grande différence entre être au courant vite fait d'un truc et lire toute une enquête détaillée sur le sujet. C'est ce que propose ce livre sur le porno pro-amateur.

Comme ça, sans réfléchir, ce qui m'a le plus marqué ce sont ses rencontres avec les actrices. La façon dont il les décrit est triste. Ça fait de la vraie peine. Aucune ne semble faire ça par passion (ce qui est possible par ailleurs). Elles sont seulement là pour l'argent. Aucun jugement de ma part, seulement une observation de ce que j'ai lu. Et ouais, ça c'est triste. Le plus chiant c'est quand la personne en face sait pourquoi t'es là. Elle en profite. Et c'est ce que font les producteurs en leur en demandant toujours plus.

J'ai aussi été surpris par la durée de vie des actrices. Une fois qu'elles ont fait le tour des différentes productions elles sont finies. Du coup, elles ont peu de chance de faire une vraie carrière. C'est assez horrible. Et d'après les témoignages, ce n'est pas prêt de changer.

Et puis il y aussi ce passage.

Un producteur (page 242) :

Faut pas oublier que la plupart des filles dans ce milieu, elles ne le font pas pour l'argent. Elles le font pour l'ego et par détresse affective. Elles n'ont tellement pas été habituées qu'on leur dise qu'elles sont belles qu'elles sont prêtes à montrer leur trou du cul pour ça. Elles sont complètement englouties dans une détresse affective. Et c'est des victimes.

Ça rejoint ce que j'ai compris dans ce livre. La plupart des filles ont des histoires compliquées souvent liées à des viols ou des agressions sexuelles arrivées pendant leur enfance.

À qui s'adresse ce livre ? 
Aux gens qui consomment du porno pro-amateur. C'est le porno qui n'est pas Dorcel et pas du homemade. C'est intéressant de découvrir les coulisses d'un monde aussi opaque. Même si bon, pour le coup la lecture du livre donne surtout la nausée. Après, comme tout, à chacun de faire ses choix en connaissance de cause.



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dimanche 6 mai 2018

Avis lecture - Je suis l'arbitre masqué

Pour vendre, la communication c'est le nerf de la guerre. C'est valable dans tous les domaines. L'édition n'y échappe pas. Le livre Je suis l'arbitre masqué n'échappe pas à la règle.



Pour faire parler de ce livre, des extraits très précis sont sortis dans la presse. Des noms qui font cliquer et attirent les curieux. Ça n'a pas loupé, les sites s'en sont donnés à coeur joie à commencer par Le Figaro qui a été le premier à dégainer.


Ensuite, beaucoup de sites s'en sont donnés à coeur joie, même Public, bien connu pour parler de foot (non). 



Clairement, si tout ce qui vous intéresse ce sont les anecdotes sur les gens connus, contentez-vous de lire ces articles. D'ailleurs c'est ce que semble avoir fait la majorité des gens qui ont commenté la sortie de ce livre sur Twitter. Ils ont donné leur avis et émis des hypothèses sans même avoir ouvert l'ouvrage.

C'est un procédé qui me gêne. Donner son avis, oui. Peu importe qu'il soit positif ou négatif. Mais donner son avis dans le vent seulement sur un a priori ou des rumeurs, bof.

J'ai acheté le livre. Je l'ai lu du début à la fin. Je peux donc vous affirmer ceci :

LES EXTRAITS QUI PARLENT DE GENS CONNUS DU FOOTBALL NE CONCERNENT QUE 5 % DU LIVRE.


L'objectif de ce livre n'est pas du tout de taper sur Fékir, Aulas, Walderma Kita, Ben Arfa ou d'autres. Les gens qui suivent le football français n'ont pas attendu l'arbitre masqué pour apprendre que Hatem Ben Arfa n'est pas un bon gars, que le président du FC Nantes est une pourriture ou que Aulas est relou avec les arbitres. C'est d'ailleurs peut-être pour ça que le livre n'a pas tant de réseaunance que ça. Sur Twitter, il n'y a eu que 2 000 tweets. Autrement dit : rien du tout. Les seules personnes qui sont remontées sont liées à l'Olympique Lyonnais.

Donc, au-delà des 5 % mis en avant pour faire parler du livre, je vais vous parler du reste. C'est d'ailleurs ce qui m'a le plus intéressé et donné envie de dévorer le bouquin.



Dans Je suis l'arbitre masqué, l'auteur raconte son parcours d'arbitre de ses débuts à la fin de sa carrière.

Mon principal obstacle à la lecture c'est la personnalité du monsieur. Je n'aime pas le terme de beauf donc je ne l'utiliserai pas. Mais, les passages où ils racontent ses sorties d'après-match en ville où ils cherchent à coucher avec des meufs en profitant de son argent et son statut m'ont pas vraiment intéressé. Il évoque même des histoires de prostitution ou sa frustration quand à la fin d'un effeuillage, la danseuse refuse de coucher avec lui.

Par ailleurs, c'est un compétiteur avec tout ce que ça comporte. Il semble peu sûr de lui. À travers les pages on ressent son besoin constant de prouver qu'il ne vaut pas rien. Il a besoin de reconnaissance. Mais encore une fois, ce n'est pas non plus le sujet principal du livre.

Je vous propose de découvrir des extraits qui m'ont marqué.

À propos de l'arbitrage des vedettes.

Page 93 : « Je dois m'habituer à cette approche particulière qu'exigent les joueurs de premier plan maintenant que j'ai fait mes preuves et que le haut du tableau va devenir ma résidence principale. Penser que l'on puisse les arbitrer comme n'importe quel footeux lambda est évidemment un leurre. Ce sont eux qui amènent les droits télé et le public dans les stades. On est bien obligé de prendre cette dimension en compte. Indirectement, ils paient aussi nos salaires. La Ligue 1 ne regorgeant pas de stars internationales, il faut en prendre d'autant plus soin. »

En clair, un arbitre aura moins tendance à te protéger si t'es un attaquant d'une équipe du ventre mou que si t'es un attaquant d'une équipe qui joue l'Europe. C'est aussi simple et révoltant que ça. Tout ça pour des questions d'argent. Et oui, c'est indépendant de sa volonté. Si tu tentes de faire le fou, tu seras ensuite affecté à des rencontres de bas de tableau qui sont moins intéressantes à arbitrer.

Sur le mépris des arbitres.

Page 232 : « Ce n'est pas être paranoïaque que de constater qu'on est globalement assez mal vus... La nullité indépassable de l'arbitre français est devenue une donnée communément admise. Et ça, c'est bel et bien le fruit du matraquage à longueur d'antenne. Même les gosses ont parfaitement intégré cette notion et contestent les décisions avec véhémence du haut de leurs trois pommes. Comme des grands. »

Ce que je retiens de ce livre :

• arbitre c'est une fonction super ingrate. Sachant que ce n'est pas un travail à plein temps et que certains ont un travail à côté. Avant la lecture de ce livre, je n'avais jamais pris le temps de penser à la condition de ces gens.

• Noël le Graët est une merde. C'est pas une surprise mais après avoir fini ce livre c'est encore plus clair. En gros si t'es arbitre, t'as pas le droit de t'exprimer dans les médias. À aucun moment tu peux faire de la pédagogie et expliquer pourquoi tu as pris telle ou telle décision. Cruel.

• les arbitres se trompent. Ça arrive. Et là où leur métier est cruel c'est qu'à la télé (parce qu'au stade on voit rien) les ralentis permettent aux observateurs de décortiquer toutes les actions, ce qui n'est pas le cas à vitesse réel. Donc, ils doivent prendre des décisions très rapidement en prenant pas mal de facteurs en compte. Par exemple, un type connu pour plonger pour rien, aura moins facilement le droit à un coup de sifflet. La vidéo pourrait servir à régler ce problème mais elle n'est pas encore totalement acceptée.

Globalement, j'ai pris du plaisir à découvrir une fonction que j'ignorais. Tout ce que je leur souhaite c'est de pouvoir davantage parler dans les médias dans un futur proche.

Cliquez-ici pour vous procurer Je suis l'arbitre masqué.

PS : j'ai laissé tomber l'identification de l'arbitre masqué. À chaque fois que je pensais l'avoir trouvé, un détail venait réduire à néant mes recherches. Ma théorie c'est qu'au milieu d'anecdotes propres à son vécu, il s'est appropriés des histoires d'autres arbitres. Les éléments qui semblent précis sont aussi certainement tronqués. Mais au final, ce n'est pas ça le plus important. Ce livre n'est rien d'autre que le récit d'une vie d'arbitre.






dimanche 26 novembre 2017

Avis lecture - Toute va ben été de PL Cloutier

PL Cloutier est un créateur qui publie des vidéos sur YouTube. Je l'ai découvert en 2015 via Lysandre Nadeau. Je l'ai elle-même découverte via Les numéricains, un projet porté par Radio Canada.



Ce qui m'a frappé en premier en regardant ses vidéos c'est son accent. Mais une caractéristique superficielle comme celle-ci ne suffit pas à fidéliser quelqu'un. Sur YouTube ou pas. Ce qui compte c'est le reste. Ce qui m'a fait rester c'est sa bonne humeur, ses choix de vidéos et ses vlogues !

>>> YouTube : j'ai assisté à un meet-up avec des abonnés

Depuis ce moment-là, je suis ce qu'il fait. Ce qui m'intéresse, au-delà de mon intérêt personnel, c'est de voir l'évolution d'un des pionniers du YouTube jeu québécois. En 2015, ce qui m'a surpris, c'est de voir que malgré le fait qu'il avait l'air d'avoir déjà mis un pied dans la porte, il n'avait pas tant de gens qui le suivait. Pendant ce temps-là, en France, la deuxième et la troisième génération du YouTube jeu français était déjà en train d'éclore dans le sillage des Norman et compagnie.

Si vous suivez le YouTube jeu, vous savez que rapidement, les gens qui percent ne se contentent pas de publier des vidéos. Certains se lancent dans la comédie, d'autres font du seul-en-scène ou écrivent... des livres.

C'est ce qu'a choisi de faire PL Cloutier cette année. Il s'est lancé dans l'écriture d'un bouquin qui est sorti ce 23 novembre 2017 en France. Sa maison d'édition me l'a envoyé dans le cadre de mon travail. Je l'ai lu et je vous en parle dans cet article.

La premier truc qui a attiré mon attention c'est la couverture très colorée. Ensuite, j'ai pas compris le titre : « Toute va ben été ». Mais le sens est expliqué dès les premières pages. Ça signifie qu'il faut s'accrocher même quand ça va mal parce que ça finira toujours pas s'arranger un jour ou l'autre. Le titre correspond bien à la vie de PL Cloutier, c'est sûrement pour ça qu'il a choisi cette expression !

Avis 
J'ai pris bien du plaisir à lire ce livre de PL Cloutier. Je crois que le gros point fort c'est que c'est pas un livre de YouTubeur. C'est davantage l'oeuvre d'un gars qui a grandi au Québec et qui a dû se battre pour faire sa place dans ce monde. C'est un parcours initiatique en fait. Les seuls obstacles que j'ai rencontrés ce sont les expressions typiquement québécoises qu'il utilise. Il n'y en a pas quarante mais j'ai dû chercher en ligne pour comprendre ce que voulait dire « tout croche » ou « plate », par exemple.

Sur la forme, j'ai apprécié les respirations proposées. Outre les photos, il y a aussi des listes : Quelques amitiés à éviter, 5 types de gars sur Tinder, Dix conseils pour vivre en colocation sans devenir des ennemis ou encore Les signes indéniables que tu vieillis.

À part ça, plusieurs passages ont attiré mon attention.

• Le premier concerne le lycée. Ce qu'il raconte m'a fait penser à tout ce que j'ai pu voir dans les séries américaines. J'ai notamment été interpellé par plusieurs phrases sur le bal de fin d'études :

« Le bal est super important. C'est la dernière chance qu'on a de montrer à tout le monde ce qu'on aurait voulu être tout au long du secondaire, et ce qu'on veut devenir comme adulte. C'est la dernière image qu'on va laisser à nos camarades. Vaut mieux se forcer, parce qu'on ne voudrait pas manquer notre ultime chance d'être plus cool qu'eux ! »

J'ai trouvé ce passage assez fou. Notamment le côté qui consiste à y aller avant tout pour être vu des autres. J'ai jamais fonctionné comme ça donc ça me surprend. Mais c'est aussi l'une des raisons, qui font que PL Cloutier rencontre aujourd'hui du succès sur YouTube. Il avait envie de prouver au monde qu'il existait. Prouver qu'il valait mieux que les moments difficiles qui lui sont arrivés pendant son adolescence. Ça a été son moteur pour percer. Pour percer assez fort et avoir aujourd'hui plus de 200 000 personnes qui suivent ses aventures sur YouTube.

Il n'est pas parti dans la vie avec les meilleures cartes mais il s'est battu avec ses armes. Il raconte notamment la fois où il n'a pas été retenu dans une émission.



PL Cloutier n'a pas changé sa façon d'être. C'est d'ailleurs sa personnalité qui, selon moi, l'a aidé à percer. C'est ce qui faut qu'on se souvient de lui.

D'ailleurs, le Québécois explique que regarder la chaîne du YouTubeur Tyler Oakley l'a encouragé à être lui-même et à ne pas changer.

Cet extrait m'a rappelé une émission de C'est mon choix, sur Chérie 25 dans laquelle un jeune homme rencontre Benoît Dubois, son idole.



Et avant Benoît, il y a eu le pionnier : Steevy Boulay. À combien de personnes Steevy a-t-il donné confiance ? On ne le saura sûrement jamais.

Voilà, comme d'habitude, je veux pas mettre trop d'extraits pour ne vas vous divulgâcher le livre. En tout cas, je l'ai apprécié. PL Cloutier semble s'être vraiment confié dans ce livre. Il n'a pas l'air d'avoir essayé de se donner une bonne image, il s'est présenté tel quel. Ça, c'est bien !

Que vous le suiviez sur YouTube ou pas importe peu, ce livre peut vous intéresser si vous aimez les récits initiatiques avec de multiples rebondissements.

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